Des femmes pompistes dans une station dessence. Une premiere au Liban. De quoi bouleverser les mentalites de la ville conservatrice de Saida.
Latouche rose donne le ton. Couleur inhabituelle dans une station dessence, ou les tons sont generalement neutres. Queen Stations nest pas une station dessence traditionnelle. Sa reputation est dailleurs faite, non seulement au Liban, mais dans les pays arabes et jusquen France. Car elle emploie de jeunes femmes à la pompe, en journee comme en soiree. Sa gerante est aussi une femme. Elle est pourtant située dans la ville conservatrice de Saida, sur la route principale du quartier bourgeois de Hlalye. Autre particularite de la station, son supermarche de trois etages, qui dessert la region et ses environs et qui emploie une grande majorite de femmes.
Vetues de sweat shirts roses et de jeans, deux jeunes femmes saffairent a servir les automobilistes. Elles font le plein, nettoient les vitres, encaissent les sommes dues, remplissent des recus (roses), soucieuses de servir la clientele le plus efficacement et le plus rapidement possible. Sous lœil bienveillant du responsable de la pompe, un jeune homme aux yeux rieurs qui nhésite pas à prodiguer conseils et encouragements. Avec lassistance dune poignee de jeunes gens, egalement vetus de T shirts roses, qui prennent la relève pour les taches lourdes, lavent les voitures et assurent la livraison de mazout (dans une citerne grise et rose).
La curiosite du quartier
Loperation est desormais routiniere pour les jeunes filles, banale pour la clientele, meme masculine, qui reagit positivement a ce concept avant-gardiste, une premiere au Liban. Je suis un client inconditionnel de la station, affirme un automobiliste dune trentaine dannees. Pas seulement parce quelle emploie des filles, mais surtout parce que le service est de qualite. Je suis dailleurs convaincu quune femme doit travailler dans tous les domaines , poursuit il, soulignant que lhomme et la femme doivent sentraider . Mais certains clients ne peuvent sempecher davoir des reserves. Comme cette femme voilée qui applaudit au travail de jour des jeunes filles pompistes, car elles doivent savoir se débrouiller dans la vie , mais estime, en tant que musulmane , quelles ne devraient pas travailler de nuit.
Juge bizarre, curieux ou amusant à louverture de la station, le travail des femmes à la pompe netonne plus personne aujourdhui a Saida. Au départ, nous etions la curiosite du quartier , raconte Aya, caissiere de 20 ans du supermarche et etudiante, qui nhesite pas a donner un coup de main à la pompe. Mon entourage aussi se demandait pourquoi javais choisi de travailler la. La jeune femme est convaincue que nombre dautomobilistes continuent daffluer par curiosite. Elle se rappelle les quelques cas de propos deplaces, proferes par de tres jeunes gens. Mais les choses sont rapidement rentrees dans lordre, assure t elle. Dailleurs, nous ne sommes jamais seules, mais travaillons conjointement avec des collegues hommes. Dautant que certaines taches necessitent un effort physique important. Et puis, le travail nest pas une honte. Nous donnons le meilleur de nous memes et sommes, en contrepartie, tres bien traitees par la direction , souligne t elle, se prononcant en faveur de legalite entre lhomme et la femme.
La pompe ne desemplit pas. Jeunes femmes et jeunes gens se relaient aupres de la clientele. Le concept semble avoir rencontre un vif succes depuis louverture de la station, en fevrier 2011. Il faut dire que lartere, baptisee communement route de Jezzine, est tres passante. Entre deux voitures, Amar, une blondinette de 19 ans, raconte avoir quitte un emploi de comptable pour travailler comme pompiste a Queen Stations. Jhabite le quartier et lidée ma plu, car cest une nouveaute et le travail nest pas routinier, indique t elle.
La jeune femme a surtout ete attiree par lattrayant salaire de 500 dollars par mois propose aux femmes pour 8 heures de travail par jour, 6 jours sur 7. Nettement superieur que son premier salaire. Et puis le travail nest pas fatiguant , assure t elle. Amar a toutefois du tenir tete a ses parents, reticents de voir leur fille travailler dans une station service. Face a ma determination, ils ont fini par accepter lidee , dit elle. Meme si elle semble navoir pas froid aux yeux, ladolescente affiche une certaine reserve et refuse de se faire photographier. Je ne metais pas preparee , dit elle, comme pour sexcuser, visiblement derangee par lengouement des medias pour laffaire.
Embaucher davantage de femmes:
Comment est né le concept vehicule par Queen Stations ? Lidee est venue du proprietaire du projet, Merhi Abou Merhi, homme daffaires et mecene originaire de Saida, tres attache à sa ville, soucieux de contribuer à son developpement et dembaucher une main dœuvre locale , explique la gerante, Samar Dakdouk. Elle meme avoue avoir travaille aux etats Unis dans une station dessence appartenant a ses freres. Elle sest donc facilement pliée au jeu. Desormais accepte par la societe sidonienne, qui allie tradition et modernisme, mais qui demeure machiste, le concept fonctionne a merveille, constate t elle. Malgre de petits derapages inevitables sans consequences, au demarrage du projet , note t elle, notamment de la part de jeunes gens peu eduques et peu habitues a voir des femmes travailler dans une station dessence. En depit aussi de linexperience des femmes pompistes, qui se contentent, pour le moment, de faire le plein.
Jan 12, 2012
by Lorient le jour
Femmes a la pompe a Saida
Des femmes pompistes dans une station dessence. Une premiere au Liban. De quoi bouleverser les mentalites de la ville conservatrice de Saida.
Latouche rose donne le ton. Couleur inhabituelle dans une station dessence, ou les tons sont generalement neutres. Queen Stations nest pas une station dessence traditionnelle. Sa reputation est dailleurs faite, non seulement au Liban, mais dans les pays arabes et jusquen France. Car elle emploie de jeunes femmes à la pompe, en journee comme en soiree. Sa gerante est aussi une femme. Elle est pourtant située dans la ville conservatrice de Saida, sur la route principale du quartier bourgeois de Hlalye. Autre particularite de la station, son supermarche de trois etages, qui dessert la region et ses environs et qui emploie une grande majorite de femmes.
Vetues de sweat shirts roses et de jeans, deux jeunes femmes saffairent a servir les automobilistes. Elles font le plein, nettoient les vitres, encaissent les sommes dues, remplissent des recus (roses), soucieuses de servir la clientele le plus efficacement et le plus rapidement possible. Sous lœil bienveillant du responsable de la pompe, un jeune homme aux yeux rieurs qui nhésite pas à prodiguer conseils et encouragements. Avec lassistance dune poignee de jeunes gens, egalement vetus de T shirts roses, qui prennent la relève pour les taches lourdes, lavent les voitures et assurent la livraison de mazout (dans une citerne grise et rose).
La curiosite du quartier
Loperation est desormais routiniere pour les jeunes filles, banale pour la clientele, meme masculine, qui reagit positivement a ce concept avant-gardiste, une premiere au Liban. Je suis un client inconditionnel de la station, affirme un automobiliste dune trentaine dannees. Pas seulement parce quelle emploie des filles, mais surtout parce que le service est de qualite. Je suis dailleurs convaincu quune femme doit travailler dans tous les domaines , poursuit il, soulignant que lhomme et la femme doivent sentraider . Mais certains clients ne peuvent sempecher davoir des reserves. Comme cette femme voilée qui applaudit au travail de jour des jeunes filles pompistes, car elles doivent savoir se débrouiller dans la vie , mais estime, en tant que musulmane , quelles ne devraient pas travailler de nuit.
Juge bizarre, curieux ou amusant à louverture de la station, le travail des femmes à la pompe netonne plus personne aujourdhui a Saida. Au départ, nous etions la curiosite du quartier , raconte Aya, caissiere de 20 ans du supermarche et etudiante, qui nhesite pas a donner un coup de main à la pompe. Mon entourage aussi se demandait pourquoi javais choisi de travailler la. La jeune femme est convaincue que nombre dautomobilistes continuent daffluer par curiosite. Elle se rappelle les quelques cas de propos deplaces, proferes par de tres jeunes gens. Mais les choses sont rapidement rentrees dans lordre, assure t elle. Dailleurs, nous ne sommes jamais seules, mais travaillons conjointement avec des collegues hommes. Dautant que certaines taches necessitent un effort physique important. Et puis, le travail nest pas une honte. Nous donnons le meilleur de nous memes et sommes, en contrepartie, tres bien traitees par la direction , souligne t elle, se prononcant en faveur de legalite entre lhomme et la femme.
La pompe ne desemplit pas. Jeunes femmes et jeunes gens se relaient aupres de la clientele. Le concept semble avoir rencontre un vif succes depuis louverture de la station, en fevrier 2011. Il faut dire que lartere, baptisee communement route de Jezzine, est tres passante. Entre deux voitures, Amar, une blondinette de 19 ans, raconte avoir quitte un emploi de comptable pour travailler comme pompiste a Queen Stations. Jhabite le quartier et lidée ma plu, car cest une nouveaute et le travail nest pas routinier, indique t elle.
La jeune femme a surtout ete attiree par lattrayant salaire de 500 dollars par mois propose aux femmes pour 8 heures de travail par jour, 6 jours sur 7. Nettement superieur que son premier salaire. Et puis le travail nest pas fatiguant , assure t elle. Amar a toutefois du tenir tete a ses parents, reticents de voir leur fille travailler dans une station service. Face a ma determination, ils ont fini par accepter lidee , dit elle. Meme si elle semble navoir pas froid aux yeux, ladolescente affiche une certaine reserve et refuse de se faire photographier. Je ne metais pas preparee , dit elle, comme pour sexcuser, visiblement derangee par lengouement des medias pour laffaire.
Embaucher davantage de femmes:
Comment est né le concept vehicule par Queen Stations ? Lidee est venue du proprietaire du projet, Merhi Abou Merhi, homme daffaires et mecene originaire de Saida, tres attache à sa ville, soucieux de contribuer à son developpement et dembaucher une main dœuvre locale , explique la gerante, Samar Dakdouk. Elle meme avoue avoir travaille aux etats Unis dans une station dessence appartenant a ses freres. Elle sest donc facilement pliée au jeu. Desormais accepte par la societe sidonienne, qui allie tradition et modernisme, mais qui demeure machiste, le concept fonctionne a merveille, constate t elle. Malgre de petits derapages inevitables sans consequences, au demarrage du projet , note t elle, notamment de la part de jeunes gens peu eduques et peu habitues a voir des femmes travailler dans une station dessence. En depit aussi de linexperience des femmes pompistes, qui se contentent, pour le moment, de faire le plein.
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