Black Sun
Textes extraits de Du feu autour de l’œil par HYAM YARED et œuvres de IRINA PRENTICE
La poésie plastique.
Voilà un alliage tentant entre une poète et une artiste
Entre Irina Prentice et Hyam Yared, la résonance est évidente, tant par leurs parcours individuels et leurs liens avec le Moyen-Orient, que par leurs réflexions artistiques et poétiques sur ces malentendus qui creusent leur sillon avec le venin de la discorde, du non-dialogue et de la destruction urbaine et culturelle. Leur travail interroge l’avenir d’une humanité saturée de fractures et explore la place de l’art, à la fois témoin du monde et moyen de transcender les douleurs.
On s’imagine que la laideur des âmes capables de créer du malheur est inextricablement liée à son contraire : la bonté et la possibilité de l’espoir. La démarche des deux artistes, qu’elle soit individuelle ou commune, cherche à injecter du sens dans ce sillon envenimé, par la quête — presque une mission que Dostoïevski attribuait à l’art. Une forme de sacerdoce ou de foi qui viseà démontrer, à mains nues, que la création, sous toutes ses formes, peut creuser la beauté dans les pires charniers de l’humanité et laisser à l’ art la possibilité de sauver le monde. C’est ce mélange d’ingénuité et de lucidité qui les anime dans leur travail commun.
Voici des extraits du recueil Du Feu autour de l’œil d’Hyam Yared, paru chez Mémoire d’encrier (mars 2025), accompagnés du travail d’Irina Prentice. La symbiose de cette collaboration a suscité l’intérêt de galeristes, donnant lieu à des expositions en plusieurs épisodes : le premier, une sélection de poèmes et de dessins, a été présenté en France à la galerie Le Cent 8 de Nogent-Le-Rotrou en avril 2024, puis en mars 2025 à la Maison des Écritures de La Rochelle, à l’occasion du Festival de Elles, et enfin à la Galerie Polaris à Paris.
Cette collaboration donne suite à Black Sun, une réflexion itinérante et évolutive en concordance avec l’Histoire contemporaine. Ou quand l’art se veut aussi nomade que les chamboulements d’un monde en constante évolution.
Notice biographique – Hyam Yared
Écrivaine, poétesse et romancière libanaise, Hyam Yared est une auteure franco-libanaise née en 1975 à Beyrouth. Elle est diplômée en sociologie de l’Université Saint-Joseph. Lauréate en 2007 de la Bourse Del Duca décernée par l’Académie française, nommée chevalière des arts et des lettres en 2013, sélectionnée par le programme Beirut 39 du Hay Festival, finaliste et récipiendaire de plusieurs prix littéraires internationaux, son œuvre est saluée par la critique littéraire. Son écriture romanesque établit le lien entre la sphère intime et les sphères politiques, interroge les modes d’être au monde par une mise en abîme de la notion des identités collectives avec la dimension psychologique des individus. Son œuvre est profondément ancrée dans l’histoire contemporaine du Liban, les violences politiques, la mémoire de la guerre, ainsi que dans l’exploration du corps, de l’intime et des identités féminines. La langue poétique devient un outil pour dire l’indicible, pour traverser les ruines, et pour recréer du lien entre mémoire, corps et territoire.
Notice biographique – Irina Prentice
Irina Prentice est une artiste Franco-Américaine basée à Londres qui a étudié à la Rhode Island School of Design, au Bard College aux Etats-Unis et reçoit une Maîtrise Études du Moyen Orient et l’Arabe de l’Université Américaine de Beyrouth, où elle rencontrera Hyam Yared en 2005. Dès 1999, elle sillonne cinq continents et collecte des témoignages dans les pays qu’elle traverse, notamment au Liban, en Jordanie, en Syrie, à Gaza et dans les villes où elle réside. En sismographe accomplie, les œuvres d’Irina Prentice, qui poursuit une maîtrise de sculpture au Royal College of Art de Londres, cherchent à retranscrire par son art, l’état du monde en interrogeant la question des frontières réelles et imaginées.
Le collage, chez Prentice, n’est pas seulement une technique, il devient un langage de la mémoire, un outil de transformation du chaos en forme sensible, un espace où l’intime, le politique et le médiatique se rencontrent. Ses œuvres interrogent les notions de trace, de survivance, de reconstruction, et proposent une poétique visuelle du fragment, directement en résonance avec les réalités des territoires marqués par les conflits.
